Union Locale CGT Alès
7 place Georges Dupuy
30100 Alès
Alès, le 26/06/13
Lettre à Monsieur François Hollande, Président de la République
Copie à Monsieur Arnaud Montebourg, Ministre du redressement productif
Monsieur Michel SAPIN, Ministre du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social
Monsieur le Président de la République,
Nous voudrions attirer votre attention sur la situation de l’entreprise Call Expert, située sur la commune de Saint Christol Lez Alès, département du Gard.
Lors d’un CE d’entreprise, le 3 juin, l’employeur apprend à ses salariés (105 sur le site), que l’opérateur ODIGEO retirait son offre qui représente 80 % de l’activité.
Cette annonce n’était peut-être qu’un prétexte pour masquer les véritables raisons, à savoir qu’il est maintenant reconnu par tous, et nous possédons les éléments pour le démontrer, que M. Delamarre a bénéficié de fonds publics très importants (130 000 € de FIBA, 500 000 € pour les contrats professionnels, effacement de 500 000 € de dette URSAFF) pour permettre la pérennité de l’entreprise Call Expert Languedoc Roussillon. A signaler également la cessation de paiement de la dette depuis septembre 2012. Il a contracté 2 800 000 € de dette composé notamment de cotisation pôle emploi, URSAFF, impôts, loyers …
Suite à cette information, les salariés réunis en assemblée générale, soucieux du devenir de l’entreprise, décident, à la majorité, de demander à la direction un CE extraordinaire afin de connaître la situation de l’entreprise. Ils envisagent aussi de se mettre en grève si leurs revendications ne sont pas acceptées.
Le lendemain, à la reprise du travail, les salariés se rendent compte que l’outil de travail avait été déconnecté et qu’ils étaient dans l’incapacité de remplir leur mission.
Un syndicaliste CFDT, qui est devenu pour l’occasion le porte-parole de la direction, s’exprimait ainsi dans les colonnes du journal Midi Libre : « la direction a coupé les lignes afin d’éviter tout débordement ». Ces propos n’ont jamais été démentis par le patron et ses représentants qui ont déserté le site, depuis le début du conflit, laissant ainsi les salariés sans directives ni travail. Fait important : la porte de l’entreprise a été laissée ouverte par une secrétaire qui est repartie juste après avoir ouvert les locaux. A noter qu’il existe un système d’alarme présent dans l’entreprise qui, bizarrement ne fonctionne pas.
Conscient du danger que court le matériel et les risques de dégradations et de vols, les salariés décident à l’unanimité des présents de mettre l’entreprise sous surveillance. Aucun évènement, aucun dommage ne se produit jusqu’au jour où est apparu un individu mandaté par la direction, et là, comme par hasard, les premiers incidents ont éclaté : fils arrachés, serrure bloquée … sans compter que de nombreuses provocations et pressions en direction du personnel ont commencé.
Le mandataire accompagné de policiers et d’un huissier a tout mis en œuvre pour dégrader le climat en propageant des informations contradictoires, des menaces et des propos diffamatoires. La pression, le stress occasionnés par la situation dramatique que subissent ces salariés ont provoqué des malaises. Trois d’entre eux ont été hospitalisés en urgence par les pompiers qui ont pu constater la gravité de l’état de santé des personnes. La direction reconnaissant son erreur tactique a ordonné la mise en place d’une cellule psychologique sur le site. Les salariés quant à eux ont déclenché les procédures de droit d’alerte et de retrait.
Nous voudrions aussi vous informer de l’attitude des pouvoirs publics dans cette affaire.
Alors que le bassin alésien est économiquement et socialement sinistré, que les plus grandes entreprises ferment ou ont fermé, que le chiffre du chômage est un des plus importants de France, les travailleurs de cette Région sont confrontés à l’inertie de la sous-préfecture, de la DIRECCTE, du Président de l’agglo et des Députés qui regardent passivement le bassin se vider de tout son potentiel économique. Lors d’un courrier daté du 22 novembre 2012, l’UL CGT d’Alès interpellait Monsieur Christophe Marx (sous-préfet) et Monsieur Thievenaud (Commissaire au redressement productif) afin que soient gérés en amont les problèmes que rencontrent les entreprises alésiennes et essayer de trouver des solutions afin de pérenniser l’emploi.
Ce courrier est demeuré lettre morte. Ces messieurs n’acceptent pas que l’UL CGT d’Alès, qui est largement représentative (voir le résultat des élections professionnelles) siège à leur côté et portent des propositions pour la défense du travail et des droits des salariés.
A l’heure où se tient la conférence sociale, alors que le gouvernement met tout en œuvre afin que le dialogue social soit maintenu, notre sous-préfet agit de façon très directive et écarte notre syndicat des négociations.
Nous avons présenté un dossier à un de ses attachés et à la presse. Nous avons des arguments forts qui auraient permis d’éclairer la population sur le comportement d’un dirigeant d’entreprise qui use et abuse sans contrepartie de l’argent public. Nous voulons invoquer aussi, accompagnés des salariés de Call Expert, les vraies raisons du conflit et surtout parler des très mauvaises conditions de travail qui règnent dans l’entreprise.
Monsieur le Sous-préfet, en rompant le dialogue et en sélectionnant ses interlocuteurs, se prive d’informations importantes qui permettraient de faire avancer le dossier. Je vous rappelle qu’il s’agit 105 emplois. Ou alors agit-il par pure incompétence ! Il m’a avoué dans un entretien téléphonique ne pas être au courant de la saisie par le tribunal de commerce de Nîmes le 24 juillet. Ne pas connaître le dossier alors que l’on veut s’imposer en médiateur m’apparaît comme très surprenant !
Depuis le début du conflit, les salariés demandent, conformément à la loi, la tenue d’un CE extraordinaire. Cette réunion a eu lieu mardi 24 juin à Nîmes dans les bureaux de Maître Roussel, mandataire judicaire. Lors de celle-ci, Monsieur Delamarre a annoncé la liquidation de l’entreprise et la cessation de paiement sans aucune explication.
Les salariés présents sur les lieux ont voulu demander des comptes et un démenti à un courrier diffamatoire envoyé précédemment. Pour toute réponse, les forces de l’ordre, sous la responsabilité du directeur départemental de la sécurité, sont brutalement intervenues, frappant sans retenue l’assemblée composée essentiellement de jeunes femmes.
Le Préfet du Gard, responsable de cette intervention musclée, a préféré protéger un patron voyou qui aurait dû sortir menotté de cette réunion. En agissant ainsi, il a aussi montré comment il voulait imposer sa vision du dialogue social.
Ce comportement est inadmissible et indigne d’un haut fonctionnaire du gouvernement.
Les salariés sont à la fois victimes de leur employeur et de la répression policière, c’est une véritable injustice.
Alors que le rôle des pouvoirs publics est de défendre l’emploi et l’intérêt des salariés, il nous semble que la position du préfet penche plus du côté de l’employeur récidiviste.
Monsieur le Président, nous vous demandons solennellement d’intervenir auprès des autorités départementales afin que cessent ces comportements antirépublicain et antisocial et qu’enfin s’ouvrent les véritables conditions d’un dialogue social et se créée une véritable politique de défense de l’emploi et du salariat.
Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, nos salutations républicaines.
La représentante des salariés de Call Expert Le secrétaire de l’Union Locale CGT d’Alès
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