Article paru le 14 avril 2010 dans l'Humanité
Valse des CDD à Pôle emploi
Au service public de l’emploi, les CDD représentent 15 % de l’effectif.
Les agents qui accompagnent les chômeurs sont souvent eux-mêmes des
précaires en passe de se retrouver à la case chômage.
Un beau jour, l’agent de Pôle emploi qui accompagne depuis plusieurs
semaines un chômeur dans sa recherche d’emploi lui annonce que c’est
terminé : il va lui-même pointer au chômage et le rejoindre de l’autre
côté du guichet, car son CDD arrive à son terme. Scène ubuesque, mais
réaliste, et qui risque de se multiplier avec l’arrivée en fin de
contrat de centaines de précaires de Pôle emploi.
Pour la plupart, ils ont été embauchés au printemps ou à l’été 2009,
lorsque le gouvernement a annoncé 1 840 puis 500 renforts pour le
service public de l’emploi, débordé par l’afflux de chômeurs et
déstabilisé par la fusion Assedic-ANPE. Une minorité a été recrutée
directement en CDI, mais les autres ont dû se contenter de CDD de
trois, six ou douze mois, dont une grosse vague arrive maintenant à son
terme.
Un turnover permanent
« La direction maintient le flou artistique sur leur avenir, mais on
sait très bien qu’elle ne veut pas pérenniser ces postes, alors que les
besoins sont énormes », déplore Stéphane Guillou, de la CGT Pôle
emploi. « Pour le gouvernement, il s’agit de renforts temporaires pour
faire face à une crise conjoncturelle, mais on voit bien que le chômage
continue à augmenter, et de toute façon on était déjà en sous-effectif
auparavant », appuie Philippe Sabater, du SNU Pôle emploi. La précarité
existait déjà du temps de l’ANPE, qui employait 20 % de CDD, contre
15 % aujourd’hui à Pôle emploi, du fait de la fusion avec des Assedic
où le recours aux contrats temporaires est faible. Ce qui est nouveau,
c’est le turnover. Appliquant le régime du secteur public, l’ex-ANPE
renouvelait les CDD plusieurs années de suite, alors que la convention
collective de Pôle emploi limite les CDD à deux pour une durée maximale
de douze mois pour un même salarié. Résultat, « ces salariés sont
opérationnels, ils se sont formés sur le tas, à l’aide des collègues
titulaires, et on les fait partir pour les remplacer par d’autres. Que
d’énergie perdue ! » s’emporte Stéphane Guillou.
« C’est la valse des CDD », confirme Anne-Sibylle Gless, élue CGT au
Pôle emploi de Lorraine, qui compte 175 précaires sur 1 740 agents.
« On voit en permanence de nouveaux collègues arriver, on les forme,
ils s’investissent, ils assimilent des procédures complexes, ils font
du mieux qu’ils peuvent parce qu’ils espèrent un renouvellement ou une
embauche. Une fois qu’ils sont opérationnels, la direction leur annonce
deux jours avant la fin du contrat qu’elle ne les garde pas. C’est dur
à vivre pour tout le monde. » Anne-Sibylle Gless se souvient d’un
collègue en fin de CDD à qui la direction s’est contentée de dire :
« Va voir les collègues pour ton inscription. » « Celui-là ne sera
jamais repris, car il a osé avoir un arrêt de maladie pendant son
contrat. Les CDD doivent être de bons petits soldats », déplore la
syndicaliste. Même ambiance en Île-de-France : « En général la
direction envoie les précaires au front, à l’accueil où l’ambiance est
très tendue quand il y a une file d’attente de cent mètres, explique
Christine Brouh, secrétaire régionale du SNU. Souvent, ils sont
informés au dernier moment de leur devenir. Parfois, un matin, c’est
prends tes affaires et casse-toi : ton contrat n’est pas renouvelé, tu
liquides tes congés maintenant. Quelle délicatesse ! »
Titulariser les précaires
Ces dernières semaines, la question du renouvellement des CDD,
étroitement liée à celle des effectifs et des conditions de travail, a
été au cœur d’une série de grèves locales. En Bretagne en mars, les
agents de Rennes, Quimper, Auray, ont fait grève pour la titularisation
de collègues précaires. En Aquitaine le 30 mars, et en Rhône-Alpes le
8 avril, les équipes chargées des chômeurs en convention de
reclassement personnalisé (CRP) se sont mobilisées pour exiger
l’embauche des CDD, qui représentent la moitié de l’effectif. « On sent
que ça monte, il faut faire converger ces conflits vers un mouvement
national », estime Philippe Sabater, du SNU
Fanny Doumayrou
Source :
http://www.humanite.fr/2010-04-14_Politique-_-Social-Economie_Valse-des-CDD-a-Pole-emploi
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