Comment accompagner les chômeurs qui créent leur propre
entreprise
15 Mars 2010 Les Echos :
BAUDOUIN PROT EST PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION BANCAIRE FRANÇAISE ET CHRISTIAN SAUTTER
PRÉSIDENT DE FRANCE ACTIVE.
Dans le ciel gris des chiffres de la croissance et du chômage, une lueur pointe à l'horizon : celle
des statistiques de la création d'entreprises. Le cap des 500.000 a été franchi en 2009 ! Cette progression sans précédent a été soutenue par la mise en oeuvre de deux réformes clefs engagées par
le gouvernement : le statut de l'auto entrepreneur et le nouveau dispositif Nacre. Chacun ne peut que se réjouir de cette évolution. D'autant plus qu'un tiers de ces créateurs d'entreprises
étaient des demandeurs d'emploi. Aujourd'hui, c'est un fait, la création d'entreprise ne peut pas être négligée dans la panoplie des moyens de lutte contre le chômage. Créer son propre emploi en
créant sa propre entreprise, c'est sûrement l'une des plus belles façons pour une personne qui a perdu son emploi de se relever et de retrouver sa dignité. La formule paraît simple, la solution
est séduisante…
Pourtant, ne soyons pas dupes : la création d'entreprise n'est pas la solution miracle au chômage. D'abord parce que certains chômeurs n'ont pas la vocation pour devenir chef d'entreprise. Et
lorsqu'ils l'ont, encore faut-il que le projet soit viable, que l'entreprise soit conduite avec prudence et détermination et qu'elle assure un revenu décent au créateur. Mal monté ou mal suivi,
un projet peut en effet transformer le chômeur ou le travailleur pauvre en chef d'entreprise pauvre. Pis, sans protection en cas d'échec, un nouveau revers peut entraîner une spirale d'exclusion,
plus violente encore que le chômage. Pour éviter cet écueil et permettre à des demandeurs d'emploi qui créent leur entreprise de devenir chefs d'entreprise tout simplement, deux conditions
doivent être réunies : un accompagnement structuré et l'accès à une relation de qualité avec son banquier.
Concernant l'accompagnement, il s'agit de donner au créateur les moyens de construire un projet cohérent et viable, puis de l'aider à valider son modèle économique et à évaluer correctement ses
besoins de financement, sans sous-estimer le salaire qu'il devra se verser. Le créateur d'entreprise a besoin non seulement d'informations et d'outils mais il a aussi besoin d'apprendre à
acquérir des repères et de comprendre comment bien utiliser tous les leviers de la gestion quotidienne. Les initiatives en ce sens se développent, de la part des banques, comme de la FBF. C'est
une bonne chose, il faut les encourager.
Mais si cette capacité à conduire son entreprise est indispensable, elle n'est pas pour autant suffisante dans de nombreux cas. Le créateur d'entreprise a besoin d'un compte bancaire, de moyens
de paiement et bien sûr, en général, il a besoin aussi de crédits. Il s'agit alors pour le réseau d'accompagnement de s'engager avec le créateur. En garantissant les remboursements de ses crédits
professionnels, et donc en partageant les risques, non seulement l'accompagnateur crédibilise le projet, mais il sécurise le créateur et lui facilite l'accès au crédit bancaire.
Pour parvenir à offrir au créateur les meilleures conditions de réussite, il est indispensable de faire converger les actions de l'organisme d'accompagnement et du conseiller bancaire. Ces
actions se complètent et s'enrichissent mutuellement dès lors qu'un lien permanent et efficace est établi entre les deux.
Ce cercle vertueux d'inclusion sociale, économique et bancaire n'a rien d'une utopie. C'est une réalité objective : l'activité des fonds de garantie spécifiquement dédiés à l'accès au crédit
bancaire des chômeurs créateurs d'entreprise a crû de près de 80 % en 2009. Cette même année, grâce à son expertise et à sa garantie bancaire, France Active a permis le financement de plus de
4.000 projets portés par des personnes en difficulté. Plus de 80 % d'entre elles ont bénéficié de taux inférieurs à 5 % et, dans la plupart des cas, sans engager leur caution personnelle ou celle
de leur entourage. La différence entre les projets de création portés par ces chômeurs accompagnés et les entreprises classiques : contrairement aux idées reçues, les chances de pérennité à 5 ans
des premiers sont largement supérieures à celles des secondes.
Nous devons promouvoir cette dynamique de création d'entreprises viables et pérennes par des demandeurs d'emploi, avec la banque et grâce au soutien de réseaux d'accompagnement, afin que les
chômeurs qui créent leur entreprise soient pleinement acteurs du redressement de notre économie. C'est tout l'enjeu du partenariat noué entre la Fédération bancaire française et l'association
France Active.
source:http://www.lesechos.fr/info/analyses/020412283941-comment-accompagner-les-chomeurs-qui-creent-leur-propre-entreprise.htm
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