S’attaquer à la pauvreté qui frappe des milliers de familles dans notre pays est certainement louable,vouloir donner un emploi, insérer les personnes en difficulté, c’est bien, mais cela nous apparaît en parfaite contradiction avec les lois qui autorisent les expulsions locatives, les coupures d’eau et d’électricité, le constat de train de vie des chômeurs et autres bénéficiaires des minima sociaux, les radiations et toutes les mesures qui fragilisent, marginalisent toujours plus une population déjà fortement touchée par la crise économique et un plan d’austérité qui ne veut pas dire son nom. De plus ces méthodes fortement condamnables éloignent encore plus les personnes en détresse de la solidarité que la société et surtout le gouvernement doivent aux plus démunis qui en aucun cas ne sont responsables de la situation économique de notre pays, (pour mémoire la France occupe actuellement la 4eme place des pays les plus riches de la planète).
Ces injustices sociales engendrent toujours plus de mal vie, et il n’est point besoin d’être un grand sociologue pour comprendre que lorsqu’un travailleur précaire ou privé d’emploi qui par son statut est déjà fragilisé, et qu’il subit des pressions supplémentaires, il est évident que le fossé se creuse et le sépare un peu plus de la normalité.
Le chômage, l’exclusion ne sont pas des fatalités. Chaque jour, des milliers de salariés sont confrontés à cette situation dramatique liée à la perte de leur emploi, chaque jour des entreprises liquident et entraînent leurs employés, mais aussi toute une population dans la détresse. Ne nous voilons pas la face, nous savons tous très bien que les solutions de remplacement ne sont que des cache-misère qui produisent toujours plus de précarité. La situation de l’emploi est des plus compliquée, l’insertion sociale est pour beaucoup quasiment impossible tant les problèmes rencontrés paraissent insurmontables, car dans notre pays le gouvernement, le patronat, certains médias pour se décharger de leurs responsabilités stigmatisent les privés d’emploi, les précaires, les rendent responsables des maux qu’ils subissent. D’ailleurs à cet égard, nous entendons une multitude de commentaires fort désobligeants qui ne valorisent pas leurs auteurs…. Ce n’est pas en criminalisant la pauvreté que l’on améliorera le sort des pauvres ! Ces dirigeants, qui chaque jour, par des propos diffamants, se compromettent un peu plus, oublient un peu vite que les profits des entreprises augmentent et que les patrons engrangent des salaires faramineux. Il serait certainement plus judicieux de partager les richesses pour lutter efficacement contre la pauvreté. Dans certaines villes, on assiste aussi à la chasse aux SDF organisée par des élus qui ont voté et font appliquer la loi autorisant les expulsions locatives, (comble de l’ironie, certains de ces maires ou députés cumulaient leurs indemnités et les ASSEDIC).
Autre problème qui a une grande importance : la santé, nombreux précaires sont à cause de leurs pénibles conditions de vie, de leur mauvaise alimentation et du stress permanent, victimes de recrudescences de pathologies anciennes ou nouvelles. Souvent ces maladies sont graves, handicapantes et nécessiteraient une prise en charge et un traitement de longues durées. Elles mettent en danger de mort ces malades et les écartent le plus souvent à un retour à la vie sociale.
Nous ne pouvons pas parler de précarité, de pauvreté, d’insertion, sans considérer les difficultés que subissent les enfants, les jeunes ! Comment peut-on parler d’égalité des chances et poursuivre un cursus scolaire normal, lorsqu’on est mal logé ou à la rue ? Comment peut-on obtenir la sérénité nécessaire pour poursuivre des études lorsque l’on est mal nourri et dépourvu de moyens financiers ?
Nous, syndicats des privés d’emploi et précaires CGT, avons souhaité partager nos expériences avec les autres associations, écouter leurs suggestions et porter aux débats nos propositions qui sont les suivantes :
Nous considérons que le travail est un droit fondamental, facteur de socialisation. Il est l’un des champs majeurs de l’épanouissement humain et du vivre ensemble pour construire une société solidaire de justice, de progrès social. Aujourd’hui, près de 5 millions de personnes sont exclus de ce droit fondamental. Chaque privé d’emploi quelque soit sa catégorie doit se voir proposer l’adhésion à un parcours d’insertion sociale et professionnelle sécurisé. Ce parcours doit à travers un accompagnement social personnalisé permettre aux personnes concernées d’accéder aux droits indispensables : éducation, formation, santé, emploi décent librement choisi, à la justice, la sécurité, au logement, aux transports, à l’énergie, à l’eau, à la culture, à l’information et à la communication.
Le parcours de la personne relevant de l’insertion est un véritable parcours du combattant. Il est difficile de construire un projet qui relève à la fois des besoins socioprofessionnels mais aussi des besoins économiques. Trop souvent, les demandeurs sont classés par catégorie (Rmistes, handicapés, âges), souvent les propositions sont très éloignées des envies, des projets, des besoins… On a mis à tort les personnes dans des cases qui les conduisent vers un parcours fléché, CAE, CIE, Contrat Avenir… dont la finalité première est de sortir les demandeurs d’emploi des statistiques du chômage sans leur donner les moyens d’intégrer de façon pérenne le travail, la société. Ces dispositifs excluent d’autres personnes notamment celles qui ont des difficultés d’emploi, mais qui n’entrent pas dans les catégories ciblées en raison des revenus du conjoint par exemple, ce qui ne fait qu’augmenter le nombre de travailleurs pauvres. Il faut sortir de la logique des dispositifs, en terminer avec les contrats aidés. Situer la personne au centre de son parcours. L’accompagnement doit se faire par un seul référent soutenu par une équipe pluridisciplinaire qui peut répondre aux attentes de l’intéressé. Il faut donc un emploi pour tous, avec un contrat à durée indéterminée et dignement rémunéré. La lutte contre la pauvreté passe obligatoirement par une meilleure répartition du travail et l’équilibre des richesses. Pour celles et ceux qui se retrouvent dans de grandes difficultés, aucun ne doit se retrouver sur le bord de la route. Il faut tout mettre en œuvre pour qu’elles ou ils retrouvent rapidement un statut social et accèdent aux fondamentaux. Pour coordonner toutes ces mesures, nous avons besoins d’un grand service public de l’emploi qui couvrent la formation, l’insertion où siègeront les partenaires sociaux demandeurs d’emploi compris, et qui accompagnera et sécurisera les parcours professionnels des salariés et de toutes personnes en situation de précarité.
Concernant le plan de travail qui devait nous servir de base de réflexion, nous pensons après en avoir longuement débattu que nous ne pouvions pas nous limiter à une question ou à un groupe de questions, mais qu’il fallait discuter globalement du questionnaire et surtout ne pas se laisser enfermer par ces interrogations car le débat dépasse largement ces problématiques. Nous devons mettre en avant les raisons pour lesquelles nous sommes parties prenantes du Grenelle de l’insertion. C’est ce que nous ferons tout au long de ces journées. Nos positions de syndicalistes, nous amènent à être très critique par rapport à la situation qui est faite aux salariés dans notre pays, mais encore plus face aux problèmes de précarité et de chômage. Nous ne sommes pas venus faire un constat, nous sommes suffisamment clairvoyants pour identifier les maux qui frappent les plus démunis. L’occasion, nous, est donnée à tous de dénoncer l’injustice sociale qui nous frappe toujours plus durement. Ensemble, et nous sommes les mieux placés, nous devons proposer des solutions pour nous sortir du marasme économique et social dans lequel nous sommes maintenus par un patronat et un gouvernement soucieux de préserver leurs privilèges, et qui n’ont de cesse de réduire à néant le droit de vivre dignement pour tous.
Comités des chômeurs d’Alès
Bernard Vire
Elisabeth Bouchu
/image%2F0584020%2F20140122%2Fob_d5d3bc_index01-04.gif)