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Bertrand Delamarre : « L'aventure Call Expert n'est pas terminée » (Courrier Picard)

Publié le 5 Décembre 2013 par Privés d'emploi Alès

Bertrand Delamarre : « L'aventure Call Expert n'est pas terminée » (Courrier Picard)

PUBLIÉ LE 05/12/2013

Par THOMAS DIÉVART

ABBEVILLE |

[VIDEO] - Le groupe de télémarketing, basé à Abbeville (Somme), est actuellement en redressement judiciaire. Mis en examen, son président Bertrand Delamarre s'exprime pour la première fois.

Les vies de Bertrand Delamarre et du groupe de télémarketing qu'il a fondé ont basculé le 17 octobre 2013, date de sa mise en examen pour abus de biens sociaux, faux et usage de faux. Call Expert aurait accumulé 2 à 2,6 M € de dettes sociales. Pour la première fois, M. Delamarre a accepté de s'exprimer, en présence de son avocat, M e Guillaume Demarcq.

Bertrand Delamarre, votre entreprise vit une passe difficile. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Quand j'ai créé Call Expert en 2001, je suis parti de zéro, sans concours bancaire, sans subvention. J'y ai passé énormément de temps. Grâce à l'implication de chacun, nous avons créé une des dernières sociétés de centres d'appels basées en France, je tiens à le rappeler. La plupart sont aujourd'hui délocalisées. Je regrette que certains partent en croisade contre nous. De mon côté, je dois réfléchir à ce qui s'est passé et faire tout ce que je peux pour que nos clients restent chez nous.

Espérez-vous revenir un jour aux manettes de l'entreprise ?
Pour le moment, tout est fait pour que je ne puisse pas le faire (ndlr : M. Delamarre a reçu l'interdiction de gérer sa société). Par ailleurs, vous le savez, l'entreprise est à vendre.

À ce propos, il se dit que des investisseurs belges se sont intéressés à Call Expert il y a plusieurs mois. L'entreprise était-elle à vendre avant que l'affaire éclate ?

Il y a effectivement eu des contacts avec des industriels belges de notre branche. Ils cherchaient des entreprises où investir dans le Nord et la Picardie. Je n'ai plus de nouvelles depuis le mois d'octobre. Mais je ne doute pas qu'ils feront parler d'eux dans le cadre de l'appel d'offres.

Contestez-vous les chefs de mise en examen qui vous concernent ?

Je ne peux pas me permettre de les contester. L'instruction est en cours.

La dette sociale de l'entreprise serait de 2 à 2,6 millions d'euros. Ce chiffre correspond-il à la réalité ?
Je n'ai pas de retour de l'administrateur, je ne peux pas le dire. Ce qui est certain, c'est que nous avions du décalage. 80 % de nos charges proviennent de la masse salariale. Quand vos clients vous paient avec un délai de trois ou quatre mois, ce qui est l'usage dans notre secteur, il faut trouver des financements pour payer les salaires. Pour créer un fond de roulement, il faut faire appel aux banques, qui demandent des garanties. Cela a un coût. Quand votre masse salariale atteint 1,5 million d'euros par mois, ça représente beaucoup d'argent. Alors imaginez quand vous avez quatre mois dans la vue.

En somme, l'entreprise fonctionne sur un équilibre fragile.

Non, c'est le métier qui veut ça. Call Expert a choisi de travailler en France. Il a fallu gérer avec les règles françaises et les coûts salariaux français. La plupart de nos concurrents sont offshore. Quand eux vendent une prestation 10 €/h, ils font 6 € de marge. Nous, on facture 25 ou 30 €/h et quand on dégage 1 € de marge, c'est le bout du monde.

Un directeur général a été nommé quelques jours avant votre mise en examen. Était-ce une mesure de précaution ?
Pas du tout. J'ai missionné des chasseurs de tête début 2013. Quand vous gérez une société à 24 M € de chiffre d'affaires, cela devient difficile de tout faire seul. On me l'a assez reproché. Le but était de s'appuyer sur des compétences nouvelles.

Le site de Saint-Christol-lès-Alès (Gard) a été liquidé cette année. On vous a accusé d'avoir quitté sciemment le navire.
Le site d'Alès, qui est une filiale du groupe à 100 %, a connu deux conflits sociaux en un an et des difficultés avec son principal client. Malgré cela, nous avons réinjecté 1 million d'euros pour assurer son avenir. Lors du second conflit social, il y a eu sabotage du site. Sans outil, sans client et sans collaborateur, il nous était impossible de reprendre l'activité.

Les sites d'Abbeville sont-ils mieux armés pour faire face aux difficultés ?
D'abord, à ma connaissance, mi-octobre, les clients étaient là pour au moins une année. Par ailleurs, dans nos métiers, les entreprises sont régulièrement classées : meilleurs vendeurs, meilleure qualité... nous sommes régulièrement sur les podiums.

Cette reconnaissance est en grande partie due au savoir-faire de vos salariés, qu'avez-vous à leur dire ?
Mes collaborateurs ont du talent, ils sont impliqués. Personne ne peut le dénier. Malgré les événements, toutes les équipes travaillent et les partenaires sociaux jouent pleinement leur rôle. Par leur attitude, ils donnent un avenir à Call Expert. Je les remercie pour ça.

Propos recueillis par THOMAS DIÉVART

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