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Roubaix: «Les salariés de Call Expert ont peur de parler»

Publié le 24 Octobre 2013 par Privés d'emploi Alès

Roubaix: «Les salariés de Call Expert ont peur de parler»

Par MARC GROSCLAUDE (La Voix du Nord)

L’avenir des salariés de Call Expert semble compliqué à Roubaix, mais l'Union Locale espère qu'ils vont se battre ensemble

Dans le centre d’appel roubaisien, au cœur de la tourmente avec la mise en examen du patron du groupe, les 120 employés ont peur de perdre leur emploi. Un appel à l’unité leur est lancé.

Comme beaucoup de ses collègues de travail, il a peur. Peur de perdre un boulot devenu ces dernières semaines plus que précaire. Cela fait 14 mois que Malik (son prénom a été changé) travaille chez Call Expert, à Roubaix. Il est en CDI mais ne se fait guère d’illusions. Le caractère indéterminé risque de s’éteindre brutalement d’ici le mois de mars. Qu’adviendra-t-il de son centre d’appels au terme des six mois de redressement judiciaire ? Comment sa société pourra-t-elle se remettre après les agissements de son patron, Bertrand Delamarre, accusé d’abus de biens sociaux, d’usage de faux, de présentation de faux bilans ? « Les salariés ont peur de parler, peur de se faire virer. Il ne faut pas nous laisser tomber », explique cet employé de Call Expert.

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Faute de contacts avec le rare délégué qu’il connaisse (il est en poste au siège, à Abbeville), Malik a quand même eu la force d’aller chercher de l’aide auprès de la CGT. Sans représentant syndical dans l’entreprise, du moins pour son site roubaisien, le personnel se sent complètement perdu.

Des élections auraient finalement dû avoir lieu fin octobre, mais le placement en redressement judiciaire a tout mis à mal. « Nous allons demander un rendez-vous au maire de Roubaix à ce sujet », annonce Abdelkrim Abdesselam, le secrétaire de l’union locale, qui rappelle que la communauté urbaine a mis des fonds dans cette société. « Elle se constitue partie civile ? Nous sommes heureusement surpris ! Nous exigeons d’avoir accès à toutes les pièces sur ce dossier, au moins déjà la copie du jugement du tribunal de commerce. C’est la moindre des choses que l’on doit aux salariés. »

De l’expansion à la crise

Malik a connu le boom de cette société et sa déliquescence. Tout avait bien démarré avec des contrats de centre d’appels pour Damart, SFR et Canal +. « Pour être embauché en CDI, il fallait 6 mois d’expérience. » Avec des contrats pérennes ou non, l’effectif a bien dépassé les 200 personnes, s’approchant des 300 ; de quoi sécuriser les subventions publiques. « Mais la direction a eu une mauvaise gestion du plateau. » Absentéisme, CDI licenciés remplacés par des CDD ou des contrats de professionnalisation, CDD non reconduits au terme de leur période d’essai : cela a conduit au débarquement du directeur en septembre. Une nouvelle responsable a pris les commandes, sans plus de résultats, a fortiori depuis ces dernières semaines.

Des contrats en sursis

La situation du site roubaisien de Call Expert fait figure de château de cartes. Vu leur importance, entre 60 et 70 sur un effectif de 120 employés, la masse salariale des personnes en contrat à durée déterminée ne pourra pas longtemps être supportée. La plupart doivent prendre fin en décembre. « Et si on perd les CDD, c’est sûr que la boîte va se casser la gueule », s’exclame Malik avec franchise. C’est d’autant plus critique qu’une partie des salariés travaillant pour le contrat avec Canal + seraient mobilisés pour répondre aux appels entrants de clients de SFR. Mais faute de main-d’œuvre, le temps d’attente risque de s’allonger « et on devra le justifier auprès de SFR. Ils sont déjà au courant de la situation. » Et en parallèle, « on risque de perdre le contrat de Canal + si on n’embauche pas ». La chaîne cryptée exigerait un nombre donné de personnes sur le plateau téléphonique pour prendre en charge les abonnés dans de bonnes conditions. Le site d’Alès a déjà fermé pour les mêmes raisons.

Pour tenter de tranquilliser le personnel, la directrice aurait mis en avant le fait que les salaires seraient pris en charge grâce aux AGS, le régime de garantie des salaires. Avec le placement en redressement, ce serait déjà le cas. Malgré le passage jeudi de l’administrateur judiciaire, les salariés se sentent ballottés et dans l’incertitude. Les salaires d’octobre doivent être versés le 16 novembre, mais la moitié des salaires de novembre a déjà été payée en milieu de semaine… D’où l’appel à faire bloc, à s’unir. Pour être en capacité de défendre les intérêts des salariés.

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